Le symbole dans le discours: Essai de modélisation d’un mécanisme de symbolisation contextuo-syntaxique. Vers une nouvelle théorie du symbolique.
Dans ma recherche intitulée Le symbole dans le discours: essai de modélisation d’un mécanisme de symbolisation contextuo-syntaxique, je propose un déplacement théorique et méthodologique fondamental: il ne s’agit plus seulement de demander ce que signifie un symbole, mais surtout comment il se forme dans le discours.
Le symbole comme événement discursif
L’hypothèse centrale de ce travail est la suivante: le symbole n’est pas un contenu fixe logé dans les mots, ni un simple dépôt culturel disponible dans un répertoire. Il est un effet discursif, un événement sémantique qui se produit dynamiquement au sein de l’énonciation.
Autrement dit, une unité linguistique ordinaire (mot, groupe nominal, relation syntaxique) peut devenir symbolique dans un texte donné lorsque certaines conditions linguistiques et contextuelles convergent
Le mécanisme contextuo-syntaxique
Je défends l’idée que la symbolisation repose sur un couplage essentiel entre deux paramètres indissociables:
Le contexte, qui installe une tension interprétative, oriente la lecture au-delà du littéral et ouvre un horizon implicite
La structure syntaxique, qui porte cette orientation en condensant le sens à travers des relations grammaticales spécifiques (annexion, expansion, qualification, parallélismes, etc.)
Le symbole apparaît ainsi comme le résultat d’une interaction: sans contexte orientant, la structure reste descriptive; sans structure porteuse, le contexte produit une évocation instable.
Une démarche opératoire: éviter l’impressionnisme
Un enjeu majeur des études symboliques est le risque d’arbitraire interprétatif. Pour répondre à cette difficulté, je propose une méthodologie contrôlable, fondée sur trois tests simples:
- Test de détachabilité contextuelleL’effet symbolique subsiste-t-il si l’on place l’énoncé dans un contexte neutre?
- Test de sensibilité syntaxiqueUne modification minimale de structure change-t-elle la valeur évocatrice?
- Détermination du centre de portage symboliqueLe symbole dépend-il principalement du contexte, de la syntaxe, ou des deux à la fois?
Ces critères permettent de décrire la genèse du symbolique de manière rigoureuse, sans réduire sa richesse interprétative.
Structures linguistiques productrices de symbolisation
Le travail met en évidence plusieurs constructions particulièrement actives dans la production du symbolique en discours français:
les groupes nominaux génitifs: le poids du silence, la nuit de l’âme
les adjectifs transférés: une lumière froide, un silence lourd
les prépositions structurantes: vivre sous la peur, marcher dans la mémoire
les nominalisations: l’absence, l’effondrement
les motifs récurrents: stabilisation symbolique par reprises textuelles
Ainsi, le symbolique n’est pas réservé au lyrisme: il peut émerger à partir de mécanismes syntaxiques ordinaires, dès lors qu’ils sont portés par une configuration discursive spécifique.
Vers une nouvelle théorie du symbolique
L’objectif général de cette recherche est de contribuer à une théorie renouvelée du symbole, en articulant deux exigences souvent séparées:
reconnaître l’ouverture culturelle et polysémique du symbolique
proposer des critères linguistiques observables permettant d’en analyser la production
Le symbole n’est donc pas seulement une signification seconde que l’on décode après coup. Il est un mode de fabrication du sens, un point de bascule où la langue, par le jeu conjoint du contexte et de la structure, produit un excès de signification.
Conclusion
Avec cette modélisation contextuo-syntaxique, je propose une approche fonctionnelle du symbole dans le discours français: le symbolique n’est pas un objet figé, mais une dynamique émergente. Comprendre le symbole revient alors à étudier les conditions linguistiques de son apparition, et non uniquement ses interprétations culturelles ultérieures.
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